JANVIER : Présents et cadeaux




Les gens de cour viennent offrir des cadeaux à leur suzerain et protecteur, le duc Jean de Berry. Celui-ci est coiffé d'un bonnet de fourrure et revêtu d'une superbe houppelande bleue au col montant et serré, entouré d'un collier avec un bijou. Le duc, assis devant le feu d'une cheminée dissimulée derrière un grand écran d'osier blanc, invite ses gens et ses proches à se présenter à lui, comme l'indique en lettres d'or l'inscription qui se trouve derrière lui: "approche , approche". Aux côtés du Duc, un prélat en manteau pourpre. Devant, un échanson , le panetier , et l'écuyer-tranchant. Sur la table, deux petits chiens familiers, et plus bas un lévrier nourri par un serviteur.

FEVRIER : Hiver au village.




Au premier plan, dans le plessis, qui est un enclos destiné à tenir écartées les bêtes sauvages : une bergerie, quatre ruches, un pigeonnier, un arbre, des tonneaux, des fagots de bois et une charette ; à gauche, en coupe, l'intérieur de la ferme avec une femme et deux jeunes gens qui se chauffent devant le feu. La femme soulève légèrement sa longue robe bleue pour mieux se chauffer, tandis que l'homme et la femme assis à côté, courts vêtus, ne portent manifestement pas de caleçons.
A l'extérieur au second plan, une meule de foin et trois personnages: l'un qui souffle dans ses doigts s'apprête à regagner la maison, tandis que l'autre abat un arbre. Tout en haut, un troisième mène un âne vers le village et son église.

MARS Premiers travaux des champs




A l'arrière-plan se dresse le château de Lusignan en Poitou, une des résidences favorites du Duc de Berry jusqu'à sa mort en 1416.
Devant le château, le berger, aidé de son chien, garde un troupeau de moutons; plus bas, des ouvriers taillent la vigne; à droite, dans un autre enclos, une vigne déjà taillée et une maisonnette. En-dessous, un paysan se penche sur un sac, sans doute pour en prendre le grain qu'il va semer. A l'intersection des différentes pièces de terre, un petit monument, un montoire, sert de borne. Enfin, au premier plan, un paysan guide deux boeufs qui tirent une charrue.

AVRIL : L'arrivée du printemps.




Le château est une autre possesion de Jean de Berry, le château de Dourdan. Ce tableau, réalisé par les frères Limbourg entre 1410 et 1416, représente, dans un décor de renaissance printanière, une scène de fiançailles princières, probablement celles du Duc Charles d'Orléans et de Bonne d'Armagnac, petite-fille de Jean de Berry, Les fiancés échangent leurs anneaux devant deux témoins, tandis que deux élégantes suivantes cueillent des fleurs. Plus petit, à gauche derrière le groupe, on reconnaît un fou de cour.

MAI : La fête de l'amour




La fête du premier mai était la fête de l'amour: On se rendait en cortège dans une forêt voisine pour en couper des rameaux dont on décorait ensuite les maisons et les rues en vue de célébrer le renouveau. Emmenés par des musiciens qui jouent de la trompe et de la flûte, les nobles participants portent des couronnes et des colliers de feuillage. Les dames sont habillées de longues robes vertes, symbole de la naissance de l'amour.
En arrière-plan, les toits du Palais de la Cité à Paris, avec à gauche la tour carré du Châtelet et son échauguette, puis le sommet de la tour d'angle, les deux tours de la conciergerie, la tour de l'Horloge.

JUIN : Fenaisons




Une scène de fenaison, dans une prairie au bord de la Seine , vue depuis l'hôtel de Nesle, la résidence parisienne du Duc de Berry.
Une femme râtelle le foin qu'une autre met en tas avec une fourche. A droite, trois faucheurs coupent l'herbe dont ils font des andains parallèles.
A l'arrière-plan de l'autre côté du fleuve, derrière un rempart, le Palais royal de la Cité. De gauche à droite : la salle sur l'eau, les trois tours , Bonbec, d'Argent, et de César, la tour de l'Horloge, les deux hauts pignons de la Grande Salle derrière la galerie Saint-Louis, le logis du roi et la tour Montmorency, enfin la Sainte Chapelle.

JUILLET : Moissons




Dans un champ délimité de chaque côté par des cours d'eau et par des arbres, deux moissonneurs coupent le blé à la faucille; le blé coupé n'a pas encore été mis en gerbes. Dans le champ, on reconnaît des bleuets et des coquelicots.
Au premier plan à droite, une femme en robe bleue, vue de dos, et un homme agenouillé tondent des moutons.
En arrière-plan, devant un paysage montagneux conventionnel, le château triangulaire aux toits d'ardoise bleue est celui de Poitiers, baigné par le Clain. Ce château, construit par le Duc de Berry à la fin du XIVème siècle, restera en sa possession jusqu'à sa mort en 1416.

AOUT: La chasse au faucon




Les nobles, portant avec eux des faucons, partent se divertir à la chasse, tandis que les paysans récoltent, moissonnent et se baignent dans la rivière. Derrière eux, se dessine le Chateau d'Etampes, non loin de Paris.
Les frères Limbourg ont utilisé pour le livre d'heures une impressionante gamme de couleurs, obtenues à partir de minéraux, de plantes ou de dérivés chimiques, mélangés avec de la gomme arabique ou tragacintique afin d'obtenir du liant : vert de flambe, obtenu à partir de fleurs écrasées, bleu azur d'outrème, à base de pierres précieuses venues du Moyen-Orient, des lapis-lazuli, broyées et pilées pour donner ces bleus si éclatants.

SEPTEMBRE : Vendanges




Vendange du raisin dans les vignes du Château de Saumur.
Jean de Berry fut probablement le meilleur connaisseur des Arts de la période médiévale. Froissart, dans ses Chroniques, insiste sur la beauté de ses châteaux , et de leur décor intérieur. Il avait une belle collection de rubis de 240 carats, et entretenait un élevage d'autruches et de chameaux. On trouvait dans sa bibliothèque aussi bien des mappemondes, des traités d'astronomie, que de nombreux livres religieux: 14 bibles, 16 recueils de psaumes, 18 bréviaires, 6 missels et pas moins de 15 livres d'heures, y compris bien entendu celui de ses Très Riches Heures.

OCTOBRE : Semailles et labourages




Des paysans sèment et labourrent devant Paris. Dans l'ombre en arrière plan, le château du Louvre, forteresse royale.
Jean de Berry , frère du roi Charles V et oncle du roi Charles VI , a été de par sa position impliqué dans les affaires politiques royales. Proche des nobles de l'Armagnac, ses possessions bourguignonnes ont été maintes fois objet d'attaques. Son château de Bicêtre fut brûlé en 1411 dans son intégralité, et avec lui de nombreuses oeuvres des frères Limbourg.
Jean de Berry est mort en 1416, le coeur brisé par la défaite de la noblesse et de la monarchie française à la bataille d'Azincourt l'année précédente.

NOVEMBRE : La cueillette des glands




Les paysans secouent les chênes avec un baton pour faire tomber les glands, qui serviront de nourriture aux porcs.
Cette miniature fut executée par l'artiste Jean Colombe, vers la fin du XVème siècle.
En effet les Très Riches Heures restèrent inachevées en 1416, après la mort brutale des frères Limbourg, probablement lors d'une épidémie de peste.
Pol, Jean et Herman Limbourg, trois peintres originaires de Gueldre, recrutés par Jean de Berry vers 1404-1405, ont enluminé deux des plus beaux manuscrits du duc, les Belles Heures, aujourd’hui au Musée des Cloisters à New York, et ces Très Riches Heures (Musée Condé à Chantilly).

DECEMBRE : La chasse au sanglier




Dans la forêt de Vincennes, réputée pour son gibier, un chasseur a attrapé un sanglier, qui est déchiqueté par une meute de chiens.
En arrière plan, on distingue le Château de Vincennes, qui fut pendant des siècles une résidence de la royauté française.
La finesse des détails, une des qualités de l'oeuvre des frères Limbourg, était obtenue à l'aide de brosses et de pinceaux particulièrement fins, et un travail sous des loupes grossisantes.